Coupe du monde de rugby 1995

Les Springboks, du symbole de l’apartheid à celui de la nation arc en ciel.
Comment une victoire sportive devient l’icône d’un combat pour l’égalité…

Hymne nationale de l’Afrique du Sud

Nelson Mandela avec le capitaine des Springboks Francois Pienaar lors de la remise du trophée © Reuters

Nelson Mandela avec le capitaine des Springboks Francois Pienaar lors de la remise du trophée © Reuters

Pendant l’apartheid, le rugby et l’équipe des Springboks étaient le symbole de la domination des blancs sur les noirs. Les noirs n’étaient pas autorisés à entrer dans l’équipe nationale, de ce fait les enfants noirs ne s’intéressaient pas au rugby et lui préféraient le football. Mais c’est justement le rugby, ce sport « de blanc » que Nelson Mandela a choisi pour créer un symbole d’unité sportive dans un premier temps, puis une unité nationale. La victoire qui a suivi n’a évidemment pas réglé les problèmes en une nuit, ni enterré les désaccords profonds entre les deux camps mais il a permis, ne serait-ce qu’un instant, de donner au pays le sentiment de n’être qu’un. Cette histoire a été très largement réutilisé et fantasmé comme l’élément déclencheur et qui a unifié le pays. Ce n’est en réalité pas si simple. Certes, la victoire de l’Afrique du sud a été un élément déclencheur dans le processus de « réunification » des blancs et des noirs mais elle n’a pas tout arrangé d’un coup de baguette magique, les rancœurs et les divisions n’ont pas totalement disparues après le match victorieux.

Le film Invictus qui retrace le travail qu’a entrepris Mandela sur cette coupe du monde montre un angle très optimiste, presque naïf de cet événement. En effet, d’après Marie Corrigall, journaliste à The sunday independent (cf.Courrier International) :

« John Carlin, auteur du livre dont le film d’Eastwood est tiré, ou Anthony Peckham, le scénariste sud-africain expatrié à Hollywood, ont choisi de faire de Mandela le seul artisan de la transformation. Ce parti pris coïncide avec l’opinion simpliste que se fait la communauté internationale de l’histoire sud-africaine et fait écho à la pierre angulaire du rêve américain : un héros ou un individu solitaire est capable à lui seul de changer le monde. »

Marie Corrigall, The Sunday Independent, Traduit pour Courrier International,
le 12 Janvier 2010

Comment Nelson Mandela a changer l’image des Springboks…

© David Rogers

Mandela, portant fièrement les couleurs des Springboks ©David Rogers

 

Il a porté fièrement le maillot et les couleurs de l’équipe des Springboks, symbole pourtant de son oppresseur. Ce geste a été un support extrêmement important pour les joueurs, et la foule du stade, quasiment entièrement blanche, s’est mise à chanter son nom. Il a soutenu l’équipe et remis de ses mains propres le trophée de la victoire au capitaine, François Pienaar.

 

« Cela a été une grande chance et un grand honneur de recevoir la coupe Webb Ellis des mains de Madiba à la fin de la finale de la Coupe du monde de rugby 1995 à Ellis Park à Johannesburg, créant une image emblématique de réussite nationale »

François Pienaar, capitaine des Springboks


Une école de rugby à Soweto, le 17 juin 1995 sur France 3 © l’INA

Pour les anglophones, une petite vidéo explicative :


La coupe du monde de Rugby 1995 ©NZAUTV Rugby Union

« He said to me ‘Thank you for what you have done for South Africa’ »

Pienaar recalled

« I said to him, ‘No, Madiba, you’ve got it wrong. Thank you for what you’ve done for South Africa’. »

François Pienaar, captain of the Springboks